Je suis une personne sereine

La joie sur le visage d’une Marilyn inconsciente.

Tout a commencé samedi matin quand j’ai mis trop de poids sur ma tête en faisant un tripode en yoga (Salamba Sirsasana II). Je passe l’après-midi à avoir des nausées. Je fais immédiatement le lien : c’est certain,  je vais faire un AVC. Je geins un peu, je bois de nombreux breuvages au gingembre, je regarde Gremlins 2 (mon dieu) (il y a un Gremlin ÉLECTRIQUE) et ma nausée passe.

Au moment où j’écris, nous sommes mardi, il est 15h34.

Vers 13h45, je dois partir de chez moi. Je me rends compte que j’ai à nouveau des nausées. Je commence évidemment à paniquer. J’appelle donc Adrien, qui, comme toute personne que la logique n’a pas quittée, me suggère d’aller à la pharmacie pour acheter un médicament. Outrée par cette proposition complètement irréfléchie, je lui rétorque que je ne peux pas supprimer les symptômes sans connaître la cause (i.e. : la venue imminente de l’AVC) et que c’est donc impossible.

Bravant mon état second, je m’engouffre dans le métro. Sur le quai, je sens que ma langue s’engourdit et que je n’arrive plus à respirer. Je fais mentalement le tour de ce que j’ai mangé dans la journée qui pourrait provoquer une réaction allergique. Rien aujourd’hui, mais des cacahuètes hier soir. Est-ce que c’est possible d’avoir un effet retardé en cas d’allergie ? Est-ce que je suis en train de faire une crise d’angoisse avec des nouveaux symptômes imaginaires ? Dans le doute, et pour épargner à l’ensemble des usagers du métro un incident voyageur (je suis mourante mais je n’aime pas déranger), je quitte le quai en courant, remonte les escaliers quatre à quatre pour retrouver l’air libre et je rappelle Adrien qui tente de me calmer en m’énonçant des faits simples, normalement compréhensibles même pour une personne ayant mis de côté toute pensée rationnelle : les gens ne meurent pas en faisant un tripode au yoga, sinon de bien plus grandes précautions seraient prises dans les cours pour protéger la vie des élèves maladroits.

Ensemble de personnes irresponsables risquant l’AVC à tout moment.

Je décide de rester dans la rue au cas où il m’arriverait quelque chose pour que les gens appellent les pompiers, car chez moi je suis seule et je risque la mort. Je me relocalise rapidement près de la pharmacie, parce qu’ils ont de l’adrénaline au cas où je suis en train de faire un choc anaphylactique (en plus de l’AVC), puis je me dis « autant carrément rentrer ». Je fais mine de regarder les crèmes solaires et le rayon « hygiène pour femme » (« hygiène pour chatte »). Le pharmacien m’oppresse en me parlant, je me barre donc et reste dans la rue, devant la porte automatique, le temps de me calmer et de sentir que ma langue imaginairement gonflée a dégonflé.

Je ne suis pas prête psychologiquement à rentrer chez moi. Je décide alors d’aller trainer à Franprix. Un couple hésite entre le poulet à 8 euros le kilo et celui à 4 euros le kilo. Je constate qu’ils vendent des nuggets vegan Céréal, que la boite de lait de coco à 17% de matières grasses de la marque Leader Price vaut deux fois moins cher que l’Organi à Naturalia, et qu’ils ont des minis bouteilles de Sriracha à 99 centimes.

Je me dis que je pourrais aller à Naturalia m’acheter du Kombucha pour me requinquer après toutes ces émotions. Il y a des vendeuses partout en train de réapprovisionner les rayons aussi déserts que ceux de l’URSS,  je repars les mains vides. Je monte les escaliers qui mènent à l’Enclos des Oiseaux, un tout petit parc sauvage à côté de chez moi où on laisse les plantes folles pousser comme elles l’entendent. Il y a des grandes herbes partout et des oiseaux qui pépient comme des forcenés. J’essaie de me concentrer sur mes sensations : la chaleur du banc chauffé par le soleil sur mon dos à travers mon manteau, l’odeur sucrée de ce gros buisson à fleurs blanches. Ma respiration. Inspirer. Expirer. Je me concentre sur ma respiration. Je me concentre sur ma respiration. Ma respiration s’accélère parce que je me rends compte qu’à l’endroit où je suis assise, s’il m’arrive quelque chose (je ne suis toujours pas sûre de ce qui peut m’arriver mais je préfère avoir un comportement responsable), personne ne peut me voir de l’extérieur du parc et que c’est dangereux.

Je me lève, j’ai le cœur qui palpite encore un peu, mais au moins ma grosse langue imaginaire semble avoir retrouvé une taille normale. Je marche en direction de mon immeuble. Je me surprends à espérer trouver un mot du gardien dans la boite aux lettres, qui m’informerait que mes 3 paquets de marshmallows Dandies sont arrivés par la Poste : retour à la normal de mon sens des priorités.

Hop on the bus, Gus.

Ci-dessus, ma monomanie du moment : Miley Cyrus qui reprend du Paul Simon, c’est réjouissant. Et je souhaite acheter l’ensemble de sa tenue.

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7 commentaires

  1. Étonnamment, ton article m’a donné envie de : manger des marshmallows, goûter des nuggets véganes, réécouter l’originale de Paul Simon qu’on avait étudiée en anglais au lycée avec une prof aussi Woodstock que le dos-nu (ça se dit encore, « dos-nu » ?) de Miley, et surtout de retenter le tripode. Tu crois que la pulsion de mort, osons le dire, qu’il y a dans avoir envie de faire un tripode après avoir lu un article aussi flippant, c’est le signe d’un déséquilibre hormonal super grave ? Je suis à deux doigts de m’inquiéter :)

  2. Ahah mais non, tu es absolument saine d’esprit et d’hormones. Je tiens à signaler que les marshmallows ne sont toujours pas arrivés, le désarroi est de plus en plus profond.

  3. Le tripode m’angoisse. J’ai toujours peur que ma tête s’enfonce littéralement dans le sol. C’est fou.
    Je n’ai toujours pas goûter de marshmallows vegan, mais j’ai bizarrement envie de boire (oui, BOIRE) la sauce chocolat Sweet Freedom. J’ai des nuggets Céréal dans le frigo, achetés samedi à Monop’ en me demandant si ça faisait la blague. Après, je me suis dit que c’était con, de s’inquiéter du « ça a le même goût ? » alors que je n’ai jamais aimé les nuggets.
    Sinon, j’aime de nouveau le riz complet, ça me fait tout bizarre bizarre.

  4. Nan mais il n’est pas si flippant que ça cet article en fait. Il y a une espèce de second degré qui le dédramatise. Et puis le recul aussi : on sait que tu n’es pas morte et ça rassure. Je savais pas que t’avais zoné au rayon chatte, ma pauvre t’étais vraiment au fond du gouffre. <3

  5. Bonjour,

    C’est mon premier message, mais après le fou rire que je viens de me taper, il est impossible de partir sans écrire un mot : merci. X’D Mon dieu ce que j’ai pu rire devant tes péripéties.

    Plus généralement, j’adore ton blog. Je ne suis pas végétarienne, donc encore moins végétalienne, mais sache que c’est ce blog qui m’a lancée dans ma nouvelle quête : manger mieux, différent. Je cherchais une recette de salade de courgette, et je suis tombée sur la tienne il y a quelques mois. Essai réussi et transformé ! Depuis j’ai acheté un livre de pâtisserie crue et j’en cherche un de cuisine vegan qui ne met pas du soja partout (j’aime pas trop ça). C’est dire le chemin parcouru moi qui était perdue sans lait et sans farine de blé ! Et tout ça grâce à ce blog plein d’humour et bien écrit qui a su m’accrocher.

    Merci, et même s’il me semble que tu es moins là : à bientôt j’espère.

  6. GGO : merci pour ton commentaire qui me motive à renouveler le nom de domaine de ce blog <3

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